« No job, no problem », « Je suis remisé » ou « Chômeur heureux », voilà des badges inspirés de la nouvelle mode américaine nommée Funemployment.
Comme son nom l’indique puisque composé du mot « fun » et « unemployment » (chômage en anglais), cette nouvelle tendance fait émerger des personnes (surtout des célibataires de moins de 40 ans) qui, sans emploi, décident de profiter de leur temps libre, sans se stresser quant à la reprise d’un poste.
Un phénomène intéressant s’il en est, puisqu’exactement dans la mouvance actuelle de l’équilibre vie personnelle / vie professionnelle dont tout le monde parle (en tout cas c’est un sujet qui touche beaucoup les chasseurs de têtes que nous sommes).
Et ça fait réfléchir.

D’abord, si ce phénomène vient d’un pays où le surinvestissement au travail (les horaires de folie, la glorification du travailleur acharné et le culte du résultat) est valorisé, il faut bien comprendre qu’il est réellement l’expression d’un rejet du monde de l’entreprise. Les salariés se rendent compte, une fois en-dehors du système, qu’ils avaient annihilé toute autre forme de vie.

Est-ce que cette mouvance du chômage-plaisir va s’étendre à notre pays ?
Il y a peu de chances. En effet, culturellement et historiquement, on n’a pas du tout le même rapport au travail, ou plus exactement le rapport à l’autre. Il y a un fossé énorme entre les mentalités. En France, être chômeur n’est pas près d’être perçu comme une valeur positive, c’est une évidence que personne ne contestera. Un salarié qui fait ce choix aujourd’hui (licencié ou, pire encore, démissionnaire) s’exposera à la méfiance des futurs employeurs qui verront en lui un hédoniste, peut-être un profiteur du système, voire… un fainéant.

Ensuite, il faut noter que le funemployment ne concerne que des ex-salariés qui ont les moyens de patienter. « Prendre du recul » n’est possible que pour ceux qui n’ont pas d’impératif de loyer, de crédits, de famille à nourrir… à court terme. La plupart des chômeurs « fiers de l’être » ont des mois de salaires, d’indemnités ou d’économies devant eux.

Du coup, on est en droit de se demander si cette tendance n’est pas une nouvelle façon de créer une nouvelle catégorie de privilégiés : ceux qui peuvent ne pas s’inquiéter d’être inactifs ?

Sources : RegionsJob.com, Courrier international