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Et vous, combien d’esclaves travaillent pour vous ?
En 2016, nous vous parlions de Slavery Footprint, un site qui proposait de calculer combien d’esclaves travaillaient indirectement pour chacun d’entre nous, en fonction de nos habitudes de consommation.
L’idée était aussi simple que dérangeante. Et dix ans plus tard, si l’outil a vieilli, le sujet, lui, n’a malheureusement pas pris une ride.
50 millions d’esclaves modernes. Oui, 50 millions.
Selon les dernières estimations mondiales de l’Organisation internationale du Travail (OIT), de Walk Free et de l’Organisation internationale pour les migrations, près de 50 millions de personnes vivaient en situation d’esclavage moderne en 2021, dont 27,6 millions soumises au travail forcé. Les autres étaient victimes de mariages forcés.
Et le travail forcé est aussi une affaire terriblement lucrative : 236 milliards de dollars de profits illégaux par an, selon un rapport de l’OIT publié en 2024. Un chiffre en augmentation de 37 % par rapport à 2014.
Un tee-shirt, un téléphone et quelques milliards
Difficile de connaître précisément le nombre de personnes exploitées derrière chaque achat. Les chaînes de production sont longues, internationales et souvent opaques.
Mais l’ONG Walk Free donne une idée de l’ampleur du phénomène : dans son Global Slavery Index 2023, elle estime à 468 milliards de dollars la valeur des produits importés par les pays du G20 en 2021 présentant un risque de recours au travail forcé.
Parmi eux, l’électronique (243,6 milliards de dollars), l’habillement (147,9 milliards) et l’huile de palme (19,7 milliards).
Attention, il s’agit de produits à risque, pas de marchandises dont la fabrication par des travailleurs forcés aurait été systématiquement démontrée. La nuance est importante.
Et les enfants ? Selon l’OIT et l’UNICEF, 138 millions d’enfants étaient encore astreints au travail en 2024, dont 54 millions effectuant des travaux dangereux. Une situation révoltante, même si les chiffres montrent heureusement un recul depuis 2020.
On sait déjà que cela concerne quelques grandes marques : Apple a été mise en cause pour les conditions de travail chez son sous-traitant Foxconn, notamment après les manifestations d’ouvriers en Chine en 2022.
Quant à Shein, l’enseigne a elle-même reconnu avoir découvert deux cas de travail d’enfants chez ses fournisseurs en 2024. De quoi regarder nos smartphones et nos vêtements à petits prix autrement.
Les marques vont devoir regarder derrière leurs étiquettes
Bonne nouvelle : l’Europe commence à serrer la vis.
Un règlement européen adopté en 2024 interdira, à compter du 14 décembre 2027, la commercialisation sur le marché européen de produits fabriqués grâce au travail forcé, quelle que soit leur provenance.
Un changement majeur pour les fabricants, les distributeurs et les marques, qui devront prendre beaucoup plus au sérieux les risques présents dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Car à quoi bon promettre une marque responsable si l’on ignore dans quelles conditions travaillent ceux qui fabriquent ses produits ?
Et nous, consommateurs ?
Nous ne pouvons pas tous enquêter sur les centaines d’intervenants nécessaires à la fabrication de nos téléphones ou de nos vêtements.
Mais nous pouvons poser des questions, privilégier les entreprises transparentes, faire durer nos achats et nous méfier des prix miraculeusement bas.
Surtout, nous pouvons demander aux marques autre chose que de jolies promesses.
La meilleure preuve de responsabilité d’une marque, ce n’est pas ce qu’elle raconte. C’est ce qu’elle fait.
Et pour chacun de nous, c’est pareil.
On nous parle beaucoup de pouvoir d’achat. Et si l’on parlait aussi du pouvoir de nos achats ? Parce qu’un tee-shirt à 5 euros, c’est une bonne affaire. Sauf quand quelqu’un, quelque part, en paie le véritable prix.
À quand une étiquette qui affiche aussi le coût humain ?
Sources : OIT, Walk Free, OIM, Unicef, Commission Européenne
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