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S’ennuyer, ça s’apprend (et c’est une compétence sous-cotée)
Dans nos métiers — communication, marketing, digital — ne rien faire est souvent suspect. Pas de call ? Pas de notif ? Pas de deadline immédiate ? Alerte ennui !
Et pourtant. À force de remplir chaque minute (agenda, feed, cerveau), on a surtout appris… à ne plus s’ennuyer. Or l’ennui n’est ni une panne ni une faiblesse : c’est une fonction cognitive essentielle.
Les neurosciences le confirment : lorsque l’on s’ennuie, le cerveau bascule dans un mode particulier — le default mode network — propice à l’introspection, aux connexions d’idées et à la construction de sens. Autrement dit : quand on arrête de consommer du contenu, on commence à en produire.
Un dossier du National Geographic l’explique très bien : l’ennui agit comme un déclencheur qui pousse l’esprit à explorer de nouvelles pistes plutôt qu’à subir l’existant.
Toujours stimulé, jamais inspiré
Paradoxalement, notre peur de l’ennui nous rend moins créatifs. Une étude citée par The Guardian montre que certaines personnes préfèrent même s’infliger un léger choc électrique plutôt que de rester seules quelques minutes… sans distraction.
Oui, on en est là.
Dans un monde professionnel obsédé par l’engagement permanent, l’ennui est devenu le grand oublié de la performance.
Pourtant, il permet de :
-
ralentir la surcharge cognitive,
-
hiérarchiser ses pensées,
-
laisser émerger des intuitions profondes,
-
et retrouver une forme de disponibilité mentale.
Ce n’est pas seulement une question de créativité. C’est une question de santé mentale, de lucidité et de qualité de décision.
Marcher, s’ennuyer… et penser mieux
Le cerveau adore quand le corps bouge et l’agenda se tait
Sur notre mag Elaee, vous avez déjà exploré une piste précieuse : la marche comme outil de créativité. Vous cherchez une idée ? Allez hop, allez marcher !
Ce n’est pas un fantasme de poète en baskets. De nombreuses études montrent que marcher — sans objectif précis, sans téléphone — augmente significativement la production d’idées originales. Jusqu’à 60 % de plus que lorsque l’on reste assis face à un écran.
Pourquoi ?
Parce que marcher crée une forme d’ennui doux, actif, fertile. Le corps est occupé, l’esprit vagabonde. Et dans ce flottement, les idées se connectent autrement.
Marcher, c’est offrir à son cerveau un espace de liberté que le bureau ne lui donne plus.
Réapprendre à s’ennuyer (sans culpabiliser)
S’ennuyer, ça s’apprend. C’est réellement une compétence oubliée.
Concrètement :
-
couper volontairement les notifications,
-
accepter des temps « vides » dans la journée,
-
marcher sans podcast,
-
laisser une idée inaboutie faire son chemin.
Ce n’est ni de la paresse ni du luxe. C’est une hygiène mentale, particulièrement précieuse dans des métiers où l’on produit du sens, des messages et des stratégies.
Et après ? (cliffhanger assumé)
Si l’ennui est un levier individuel puissant… que se passe-t-il quand on l’introduit à l’échelle des équipes, du management ou de la culture d’entreprise ?
Peut-on organiser l’ennui sans le tuer ?
Y’a-t’il un lien entre ennui et toxicité managériale ? Voir « Attention plus votre boss s’ennuie plus il devient toxique ».
Peut-il devenir un outil RH, un marqueur de leadership ou un antidote au burn-out créatif ?
Réponse dans un prochain billet : Quand l’ennui devient une stratégie (et pourquoi les meilleurs managers devraient l’apprivoiser).
(Spoiler : ça va faire grincer quelques agendas bien remplis) 😏
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