Et si, pour une fois, être « vieux » était un avantage sur le marché de l’emploi ?

On a longtemps expliqué aux seniors qu’ils coûtaient trop cher, qu’ils manquaient d’agilité, qu’ils n’étaient pas assez à l’aise avec le digital. Pendant ce temps, les juniors avaient pour eux la rapidité, la fraîcheur et la capacité à apprendre.

Puis l’IA est arrivée.

Et voilà que les compteurs pourraient bien s’inverser.

C’est ce qu’on peut interpréter de la toute nouvelle étude de la Banque de France et HEC qui montre que, depuis fin 2022, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé d’environ 28 % dans les métiers les plus exposés à l’IA générative.
Contre seulement 8 % dans les métiers les moins exposés.

Journalisme, programmation, banque, conseil, métiers juridiques… L’IA s’installe précisément là où les jeunes faisaient leurs premières armes.

Et c’est peut-être ça, le plus gros problème : si l’IA fait les tâches qu’on confiait aux débutants, comment devient-on expérimenté ?

Et les vieux dans tout ça ?

Surprise : plus on avance en âge, moins le décrochage est marqué. Chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, l’effet se réduit. Et chez les 50 ans et plus, l’écart devient presque inexistant.

Pas parce que les seniors seraient soudain meilleurs avec l’IA.

Mais parce que l’IA sait produire. Elle sait rédiger, synthétiser, coder, analyser, accélérer.

L’expérience, elle, permet de savoir quoi faire de tout ça.

Quoi faire de tout ça ?

Ça veut dire : connaître un secteur.
Comprendre un client.
Sentir qu’un brief est mauvais.
Arbitrer.
Challenger.
Décider.
Éviter une erreur qu’on a déjà faite il y a quinze ans.

Bref : avoir un peu de vécu qui donne du recul et une capacité à juger, corriger et optimiser.

Alors, seniors : 1 – IA : 0 ?

Pour une fois donc, l’âge peut jouer en faveur de ceux qu’on a longtemps considérés comme « trop vieux » pour le marché du travail.

Dans un monde où la production devient de plus en plus automatisée, l’expérience pourrait redevenir ce qu’elle devrait toujours être : une compétence.

Une compétence différenciante.

Un commentaire sur “L’IA donne des superpouvoirs aux seniors”

Marc Cogrel dit :

J’aime beaucoup l’idée, avec une nuance : le superpouvoir n’est pas d’être senior. C’est de savoir combiner expérience et IA.

L’IA sait produire, synthétiser, accélérer. Mais savoir si le résultat est juste, pertinent, crédible ou simplement vraisemblable reste une autre affaire. C’est là que l’expérience peut reprendre beaucoup de valeur : dans le jugement, l’arbitrage, la connaissance d’un secteur, d’une organisation ou des conséquences d’une décision.

À condition, évidemment, que le senior se soit lui aussi approprié l’IA. L’expérience seule ne suffit pas. Il faut aussi savoir maîtriser ces nouveaux outils.

Et une question me paraît presque encore plus importante : si l’IA absorbe une partie des tâches qui permettaient aux juniors d’apprendre leur métier, comment fabrique-t-on les seniors expérimentés de demain ?

Sujet passionnant. Vous avez 4 heures 😉

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