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Le désamour des candidats pour les agences

Lorsque nous posons la question à un collaborateur d’agence « préférez-vous un job en agence ou chez l’annonceur ? » la réponse est de plus en plus souvent, majoritairement, presque catégoriquement : annonceur.

désamour des agences

Un sujet touchy qui intéresse les médias

OUR(S) vous connaissez ? Créé en février 2020 par 2 candidats Elaee recrutés pour l’hebdomadaire Intermédia disparu quelques mois plus tôt, le remplaçant se compose de 4 associés : Mathieu Ozanam et Julien Servant (Intermédia), François Quairel (Soway media) et Marc Renau (Le Petit Bulletin).
Le support se définit comme le nouveau média de la communauté du marketing, de la communication et des médias en Auvergne-Rhône-Alpes et se veut «un pure-player 100 % régional qui aime le print !»

C’est lors de l’interview accordée à Jérémy Chauche, journaliste pour le magazine qui souhaitait relayer la mise à jour de la nouvelle grille de salaires Elaee, qu’a été évoqué ce désamour des candidats pour les agences. Parce que j’ai indiqué que près de 80 % des collaborateurs agences ne rêvent que d’aller chez l’annonceur. Le journaliste a d’ailleurs titré son article « les agences font moins rêver qu’avant ».

Pourquoi les agences manquent d’attractivité

Les temps sont durs pour les agences qui subissent de plein fouet la transformation numérique qui a fait muter leur organisation, leur offre et leur rentabilité. Remises en question par leurs clients qui gardent encore en mémoire les marges astronomiques qu’ils étaient obligés de payer quand ils ne maîtrisaient ni les achats médias ni le webmarketing, le ressentiment existe toujours. La longueur d’avance des agences embauchant des experts aptes à répondre à toute demande (on ne débattra pas ici des modèles 360° / intégré / spécialiste) a été grignotée petit à petit par des entreprises qui ont créé leurs propres équipes. Souvent, et le clin d’œil est amusant, en embauchant d’ailleurs des salariés venus d’agences.

Il existe aussi une différence essentielle aujourd’hui sur les attentes des candidats qui entendent travailler selon leurs méthodes à eux, et pas celles imposées par des dirigeants à qui ils ne reconnaissent pas d’autorité de compétence. Je pense notamment à l’équilibre vie pro et vie perso, à la reconnaissance du travail effectué et à l’autonomie accordée, télétravail ou pas. Autant de points pour lesquels les agences communiquent certes, mais il faut bien avouer que les actes ne suivent pas toujours si simplement les paroles.

Du vécu en termes de recrutement

Elaee est bien placée pour parler du fait que les entreprises ont acquis de plus en plus de connaissances et d’autonomie sur tous les sujets que sont la communication, les médias, le digital, le marketing et même la création. Nous travaillons avec ces annonceurs, soucieux de maîtriser à la fois leur savoir-faire et leurs coûts, et qui s’appuient sur nous pour trouver les talents dont ils ont besoin.
Pour preuve, depuis 2018, nous avons plusieurs fois créé des équipes entières, allant jusqu’à recruter 6 personnes en même temps, par exemple du CDO au chef de projet digital. Ou du Directeur de création au responsable communication institutionnelle.

L’époque révolue de Don Draper à Séguéla et Beigbeder

Les agences ont vécu leur âge d’or et ont gagné beaucoup beaucoup d’argent (les anciens se souviendront du marché avant la loi Sapin). Il est loin le temps où Don Draper (Mad Men) passait un temps fou à consommer scotch et cigarettes, où Beigbeder racontait sa vie DA débauché et cocaïnomane (99 Francs). Le temps de la pub spectacle, qui a suscité tellement de vocations de communicants (dont je fais partie), où Séguéla faisait voler la Visa GTI de Citroën du porte-avion au sous-marin est définitivement clos. Et le métier d’agence s’est compliqué. C’est beaucoup plus difficile de produire une campagne aujourd’hui où les consommateurs, prompts à la critique et au coupage de tête sur les réseaux sociaux, attendent du sens, du vrai, de l’authentique, de l’alignement entre le discours et les faits.
Le milieu des agences est connu pour les volumes horaires sans limites demandés aux équipes (la fameuse culture de la charrette), l’usage (le mot est bien choisi) démultiplié des stagiaires, les salaires en-dessous du marché, les facturations au client pas toujours claires… Et maintenant, on met en lumière, dans ce monde du travail fortement féminisé, les comportements machistes et misogynes que tout le monde connaît mais dont personne n’osait parler. Les lignes bougent (voir #balancetonagency) et c’est encore un coup porté aux agences, sommées de changer.

Il faut aussi comprendre que le métier d’agence est de plus en plus concurrencé. De la même façon que les grands groupes, tels Publicis avec Sapient et Epsilon, rachètent à tour de bras des entreprises technologiques pour atteindre le marché de la transformation numérique. En face les grandes entreprises d’audit et de conseil international (type EY, KPMG, Andersen et autres) qui étaient déjà positionnées sur cette fameuse transformation numérique, intègrent dorénavant à leur offre la dimension conseil digitale, publicitaire, média ou marketing.

Faire la part des choses : il y a agence et agence

Attention à ne pas faire de généralités. Quand on parle d’agences qui ne font plus rêver, on parle surtout des agences de publicité. Or, dans ce milieu on compte aussi un grand nombre de petites structures, de studios, de cabinets, … il n’y a pas que les grandes filiales de marques internationales. Au contraire, au même titre que le tissu économique français est composé à majorité de TPE (l’Insee indique qu’il est composé à 99,9% d’entreprises de moins de 20 salariés), il y a beaucoup d’acteurs qui peuvent être choqués de ce manque d’intérêt des talents pour leur métier. Il existe beaucoup d’employeurs responsables, ouverts et qui ont déjà mis en marche des changements nécessaires. C’est vrai. J’en connais  beaucoup.
Il m’est déjà arrivé de dire à une star de la pub d’une très grande agence internationale (m’appelant du bout du monde un samedi) qui s’étonne du peu de candidats intéressés pour le rejoindre que son agence, bien que super créative et super primée, est blacklistée par les gens du métier. Je peux aussi témoigner que beaucoup d’agences, surtout des indépendantes dont les boss ont sué sang et eau pour faire vivre leur business et leurs équipes, ne sont pas à mettre dans le même panier. Cela dit, l’annonceur qui frime en disant qu’il travaille avec une très grande agence existe toujours. Il reste donc du travail pour tout le monde.
A condition de savoir se remettre en cause.

 

Claire Romanet, fondatrice Elaee

3 commentaires sur “Le désamour des candidats pour les agences”

Chaque fois que je vois un poste à pourvoir dans une agence il faut obligatoirement avoir une expérience en agence. Pas simple, quand on n’a travaillé que chez l’annonceur car les opportunités n’étaient que dans ce sens. Du point de vue recrutement je peux comprendre, mais il ne faut pas venir pleurer que les candidats boudent les agences si elles boudent les candidats issus de chez l’annonceur aussi.

Avatar Bezaudin dit :

Merci pour votre article et son contenu très averti. Je voulais aussi souligner en sens inverse l’attitude de certains cabinets de recrutement qui vous disent lorsque vous avez travaillé en agence (mon cas pendant 8 ans) que vous n’avez jamais travaillé en entreprise. L’agence n’en étant pas une selon eux !!! C’est ubuesque compte tenu de la flexibilité et adaptabilité dont il faut faire preuves entre les marchés/marques et problématiques entre chaque annonceur….
Peut-être faudrait-il proposer à certains recruteurs de venir faire un stage en agence, dont l’expérience pour ma part m’a permis de développer des aptitudes que je n’aurais pas développer dans d’autres contextes.

Pour nous, chez Elaee, l’expérience agence est le plus souvent un plus. Mais c’est vrai que nous y sommes passés avant de faire du recrutement, ça aide à comprendre 😉

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